dialogue social distance

Ré-inventer le dialogue social à l’ère de la distanciation sociale

Il est indéniable que le dialogue social joue un rôle majeur dans la gestion de crise, qu’elle soit sociale, économique ou sanitaire. Mais dans le contexte actuel de pandémie, qui impose des règles de distanciation sociale et encourage le recours au télétravail ; comment continuer à échanger avec les salariés et leurs élus ? 

Visio, confcall, signature électronique d’accords, sondages, etc. Les outils digitaux jusqu’alors sollicités exceptionnellement par les partenaires sociaux sont aujourd’hui devenus incontournables. Il y a fort à parier que les leaders qui sauront utiliser le digital et les innovations technologiques pour favoriser la cohésion sociale et l’intelligence collective au sein de l’entreprise, parviendront à sortir vainqueurs de la crise.

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Passage à marche forcée du dialogue social à distance

Le dialogue social a été mis à rude épreuve lors du confinement. Du jour au lendemain, les salariés ont basculé en activité partielle ou en télétravail, ce qui a conduit à l’éclatement géographique des équipes. Difficile dans ces conditions de communiquer à distance, de faire remonter les difficultés aux élus ou aux représentants du personnel, de suivre les décisions prises par la Direction, etc.

Les partenaires sociaux ont dû se réorganiser en urgence pour gérer la crise et maintenir le dialogue social autour de thématiques nouvelles, comme l’activité partielle, la santé et les risques professionnels, l’organisation du travail à distance ou encore la durée du temps de travail. Mais mis à part quelques ratés, comme la condamnation d’Amazon France pour manquements à la sécurité sanitaire, il semblerait que la plupart des entreprises aient réussi à maintenir un dialogue social fluide et de qualité lors du confinement. 

D’après l’enquête Vers une nouvelle donne sociale ?, réalisée par Technologia à la sortie du confinement (auprès de plus de 2 500 élus) : « la catastrophe sanitaire n’a pas conduit à la rupture redoutée des échanges ni empêché le maintien d’un dialogue social qui a dû malgré tout s’adapter aux circonstances et pour cela se renouveler dans son approche ».

Vidéoconférence, groupe WhatsApp d’échanges d’informations entre les représentants du personnel et la direction ou entre militants syndicaux, consultation et avis du Comité social économique (CSE) en ligne, signature électronique d’accords, etc. Les élus et dirigeants ont dû adopter de nouvelles modalités de discussion, de négociation et de collaboration à distance.

Le confinement a accéléré un phénomène qui n’en était encore qu’à ses balbutiements : le basculement du dialogue social représentatif physique à un dialogue social collaboratif à distance.

Cet assouplissement du formalisme du dialogue social a été soutenu par le Ministère du Travail qui, à travers la loi d’urgence sanitaire du 2 avril et plusieurs ordonnances, a renforcé le rôle et les moyens des partenaires sociaux pendant cette crise. Il a notamment  suggéré des solutions pour mener à distance, via la visioconférence ou l’audioconférence, des négociations en vue d’un accord collectif. 

Mais la digitalisation des relations sociales n’a pas toujours été facile. Si pour certains élus ces réunions virtuelles ont contribué à entretenir de meilleures relations professionnelles, pour d’autres elles ont été sources de stress et ont entraîné une dégradation des relations avec la Direction. Par ailleurs, le confinement a rendu plus difficile la mission de représentation des élus. Plus de la moitié des élus ont pointé du doigt le manque d’outils permettant d’échanger et de recueillir les besoins des salariés à distance. Autant de problématiques liées à l’adoption précipitée du dialogue social numérique et au fait que bon nombre d’entreprises n’y étaient pas préparées.

Le confinement a accéléré un phénomène qui n’en était encore qu’à ses balbutiements : le basculement du dialogue social représentatif physique à un dialogue social collaboratif à distance.

L’évolution du dialogue social vers la sphère numérique

Pour comprendre ce basculement, il est important de revenir sur l’évolution du dialogue social. Depuis l’apparition des premiers syndicats clandestins en France au XVIIIe siècle et jusqu’à nos jours ; le dialogue social en France n’a cessé de se transformer. Les lois Auroux en 1982 ont marqué un tournant majeur, en mettant en place une nouvelle « démocratie économique » supposant une intervention plus étendue et active des travailleurs dans la gestion des entreprises. 

Cependant, malgré ces efforts pour rééquilibrer les rapports de forces, le dialogue social français a souvent donné naissance à des postures d’affrontement et d’opposition. La méfiance réciproque entre les acteurs explique la nature conflictuelle du dialogue social en France, qui a parfois même mené à des épisodes de violence. Tout le monde se souvient des chemises arrachés des cadres dirigeants d’Air France en 2015. Au fil du temps, la confiance accordée par les Français et par les salariés aux syndicats s’est érodée, tout comme l’efficacité perçue de l’action syndicale

Par ailleurs, la désindustrialisation, la mondialisation, ainsi que les nouveaux modes de management et d’organisation des entreprises ont entraîné une individualisation croissante dans les relations du travail, contribuant à une réduction des actions collectives. Le taux de syndicalisation en France, secteurs privé et public confondus, est passé de 20% en 1960 à 11% en 2018 (source), faisant de la France l’un des pays les moins syndiqués de l’Union Européenne (dont la moyenne se situe à 23%). Une désaffection qui, selon Le Monde, s’explique notamment par la spécificité du droit du travail français, qui permet aux travailleurs de bénéficier des accords signés sans adhérer au syndicat – le fameux « problème du passager clandestin »

Face à la défiance de plus en plus manifeste des salariés à l’égard des syndicats, et plus généralement des corps intermédiaires, le recours aux outils numériques peut permettre d’inverser la tendance et de recréer un nouveau cadre modernisé du dialogue social.

Parallèlement à cet affaiblissement du militantisme syndical, l’essor du numérique a permis de “désintermédier” les rapports sociaux, c’est à-dire-dire de se passer de tiers ou de corps intermédiaires. Le mouvement des Gilets Jaunes ou le Printemps Arabe ont, par exemple, prouvé qu’Internet (et les réseaux sociaux) étaient de puissants outils, permettant de relier directement les citoyens avec leurs dirigeants. Dans la sphère de l’entreprise, le numérique semble aussi se présenter comme une opportunité pertinente pour créer une nouvelle matrice de dialogue social, moins formelle et plus collaborative.

Dans la situation sanitaire que nous traversons, comme lors de la crise économique de 2008, le dialogue social est une composante essentielle de la performance des entreprises et offre toute une palette de vecteurs de sortie de crise. En tant que levier de régulation sociale, il permet de renforcer le sentiment d’appartenance, d’améliorer l’expérience collaborateur, de fédérer le corps social autour d’un même projet collectif et d’accroître l’agilité de l’entreprise.

Mais dans un contexte où 20% des salarié.es pratiquent encore le télétravail à la suite du confinement (dont 15% à temps plein), ce dialogue social devra se faire de plus en plus virtuellement, et s’inscrire dans la transformation digitale des entreprises. Une belle opportunité, puisque face à la défiance de plus en plus manifeste des salariés à l’égard des syndicats, et plus généralement des corps intermédiaires, le recours aux outils numériques peut permettre d’inverser la tendance et de recréer un nouveau cadre modernisé du dialogue social

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Si le confinement a été une période d’expérimentation en matière de digitalisation des rapports sociaux, il est temps désormais d’en tirer les leçons et d’améliorer les modalités de dialogue social à distance pour s’adapter à la “nouvelle normalité” du monde du travail. En plus de continuer à tester de nouvelles outils digitaux innovants pour travailler de manière rapprochée avec les élus et les syndicats, les entreprises ont tout à gagner à adopter un dialogue social numérique plus participatif, qui viserait à impliquer directement leurs salariés. D’ailleurs, selon une étude de Institut Sapiens parue en 2018, 67% des salariés, dont une majorité de 18-24 ans (86%), voient le numérique comme un médium efficace pour porter eux-mêmes leurs revendications aux employeurs. 

Chez Supermood, nous constatons que les solutions de pilotage des perceptions et besoins des collaborateurs en fonction des demandes des directions permettent de redessiner un contrat moral adaptés aux nouveaux métiers, aux nouvelles générations, mais aussi aux multiples défis de transformations des organisations. 

Ainsi, pour mieux s’adapter à la situation actuelle et vaincre la crise, les directions et managers se doivent de saisir les opportunités offertes par le numérique afin de maintenir une cohésion sociale à travers un dialogue social régulier. 

Les besoins des deux parties évoluent en permanence et seules les organisations qui auront mis en place des solutions de dialogue social en temps réel, avec une technologie de mesure et traitement comme Supermood pourront créer un pont entre les directions et les employés. Ce lien leur permettra d’aspirer à une performance basée sur la détection rapide des problématiques internes par l’expression de la voix des salariés.